Le Grand Paris Express : un projet sur les rails ?

Article du 9 juillet 2020
Le Grand Paris Express : un projet sur les rails ? C’est en toute discrétion que la Société du Grand Paris (SGP) a fêté ses 10 ans le 3 juin dernier. Anniversaire qui marque pourtant une nouvelle étape dans la réalisation du Grand Paris Express, alors que l’échéance des Jeux Olympiques 2024 se précise et que les derniers coups de pelleteuses sont attendus pour 2030. A mi-parcours, la SGP, en charge de porter le projet pharaonique - tant par son étendue que par sa complexité technique – du Grand Paris Express fait face à de nouveaux défis. La Société du Grand Paris : une feuille de route claire, trois objectifs majeurs La feuille de route de la Société du Grand Paris (SGP) est aussi claire qu’imposante : donner vie au projet du Grand Paris Express (GPE), de sa conception à sa maîtrise d’ouvrage. La réalisation du Grand Paris Express : des défis à la taille du projet Après une évolution significative des travaux de génie civil depuis 2016 et l’industrialisation du projet en 2019, le « chantier du siècle » poursuit sa montée en puissance : 15 tunneliers en cours de creusement ou de montage , 6 500 salariés sur les 150 chantiers déjà lancés et bientôt la soudure des premiers rails sur la ligne 15 sud. Cette étape n’est pas anecdotique. Elle marque l’entrée du GPE dans une phase de travail d’aménagement des gares qui ne se cantonne plus uniquement à des travaux souterrains. Pour suivre cette même dynamique dans les années à venir, la SGP doit relever 3 défis principaux. • La maîtrise des coûts Initialement estimée à 19 milliards d’euros, l’enveloppe du projet dépasserait aujourd’hui les 35 milliards d’euros d’après la Cour des Comptes, auteur d’un rapport sur le sujet en 2018 . Avec la crise économique engendrée par le Covid, il n’est pas exclu que le financement de la SGP, qui s’appuie notamment sur des ressources affectées par l’Etat , soit de nouveau impacté. Selon Thierry Dallard, Président du Directoire de la SGP, il n’est pour l’heure, pas possible d’en évaluer l’impact sur les coûts du projet. Pour autant, nécessité de relance économique oblige, la SGP prévoit des investissements à la hausse pour 2021, atteignant environ 4,7 milliards d’euros, soit 700 millions de plus que l’année en cours. Ces dépenses sont encadrées et contrôlées par une cellule spécifiquement créée à cet effet en 2016 : la Direction des Risques, de l’Audit et du Contrôle Interne. Comme son nom l’indique, elle a pour mission de piloter les démarches de conformité (mise en œuvre de mesure anti-corruption notamment) et d’évaluateur la performance de l’organisation. Pour Frédéric Brédillot, membre du Directoire de la SGP, « le premier facteur de maîtrise des coûts réside dans le dimensionnement suffisant des équipes ». C’est pourquoi la structure du projet a été revisitée et un chantier RH a été lancé début 2020. En juin, ce sont déjà 150 nouvelles personnes qui ont été recrutées. Forte de 200 collaborateurs en 2018, la SGP emploiera près de 1 000 personnes en 2021 pour accompagner la montée en puissance du projet et de son pilotage • Le respect des délais Deux principales échéances ont été fixées par le gouvernement à la SGP dès 2018. La première : 2024, pour permettre le bon déroulement des Jeux Olympiques. La seconde : 2030, pour finaliser les travaux du GPE. Du fait de l’arrêt des chantiers pendant plusieurs semaines, le Secrétaire d’État aux Transports a d’ores et déjà précisé courant juin 2020 que les lignes 16 et 17, permettant l’accès aux installations des JO, ne seront pas prêtes à temps . Par ailleurs, la SGP doit gérer les relations avec ses fournisseurs, dont l’activité a aussi été à l’arrêt pendant plusieurs semaines. Elle doit maintenant s’assurer de respecter au maximum les délais impartis, et ce malgré la crise Covid. C’est aussi pour répondre à ce besoin que les équipes sont et vont être renforcées. Les activités maintenues pendant le confinement ont, quant à elles, obtenu des résultats prometteurs pour l’avancée du projet : des marchés de près de 1,1 milliard d’euros ont été passés permettant l’attribution de lots de génie civil et de construction de bâtiments, plusieurs appels d’offres ont été lancés et les études pouvant être réalisées en télétravail se sont poursuivies. Côté travaux, la SGP se donne les moyens de repartir à grande vitesse : ce seront une vingtaine et non plus une quinzaine de tunneliers qui avanceront dans les souterrains franciliens au cours de l’année prochaine. Les échanges entre la SGP, ses partenaires et les collectivités, prennent par ailleurs une nouvelle dimension : celle de la conception des futurs pôles d’activité et de mobilité autour des gares des lignes 14 sud et 15 sud qui verront le jour à l’horizon 2024-2025. • L’adhésion des parties prenantes Traversant plus de 150 communes, le GPE soulève des questions d’aménagement du territoire - construction de nouveaux quartiers, création d’emplois, prix de l’immobilier… -, qui ont un impact direct sur le quotidien des riverains et futurs utilisateurs et modifient les équilibres politiques locaux. L’adhésion des parties prenantes constitue donc une pièce motrice de la réussite du projet. Concrètement, cela se traduit par la présence d’élus au Conseil de Surveillance de la SGP ou encore par l’organisation de débats publics depuis les prémices du projet pour susciter l’adhésion collective, dans la quête du meilleur compromis. La SGP l’a bien compris, faisant appel à des experts - urbanistes, géologues, ingénieurs, économistes…– sur les aspects techniques et sollicitant partenaires, élus locaux et citoyens sur leurs visions et interrogations. *** Des défis de taille, un calendrier resserré, une multitude de personnes consultées… C’est bien là le quotidien de la SGP depuis 2010. 2021 promet une phase d’accélération du projet du GPE. Lui permettra-t-elle de devenir, en temps et en heure, la « clé de voûte de la mutation urbaine de la métropole parisienne » promise par son patron Thierry Dallard ?

 

C’est en toute discrétion que la Société du Grand Paris (SGP) a fêté ses 10 ans le 3 juin dernier. Anniversaire qui marque pourtant une nouvelle étape dans la réalisation du Grand Paris Express, alors que l’échéance des Jeux Olympiques 2024 se précise et que les derniers coups de pelleteuses sont attendus pour 2030. A mi-parcours, la SGP, en charge de porter le projet pharaonique – tant par son étendue que par sa complexité technique – du Grand Paris Express fait face à de défis de plus en plus importants. Et ce d’autant plus, que la crise Covid a entraîné l’arrêt des chantiers pendant plusieurs semaines.

 

La Société du Grand Paris : une feuille de route claire, trois objectifs majeurs

 

La feuille de route de la Société du Grand Paris (SGP)[1] est aussi claire qu’imposante : donner vie au projet du Grand Paris Express (GPE), de sa conception à sa maîtrise d’ouvrage.

 

Répondre aux besoins croissants de mobilité L’Ile-de-France comptera 12,8 millions d’habitants en 2030, soit 500 000 de plus qu’aujourd’hui. Le GPE permettra à la fois de désengorger les transports en commun existants, mais aussi de réduire la dépendance à la voiture, optimisant les connexions entre les sites de la Petite et de la Grande couronne. Multiplier les possibilités d’itinéraires pour désenclaver les territoires socialement fragilisés  Aujourd’hui, 23% des habitants de la Grande couronne passent plus de 2h par jour dans les transports. Relier de façon optimale les territoires franciliens permettrait une division de 2 à 5 des temps de trajets. Contribuer au développement économique, à la visibilité et à l’attractivité de la région dans son ensemble. Le GPE viendra compléter les moyens de transport actuels dans le but de rendre accessibles les pôles d’activités du Grand Paris. Par exemple, aujourd’hui, le pôle scientifique de Paris-Saclay, accueillant notamment le CEA et des laboratoires de R&D, n’est desservi que par des bus ; la Seine-Saint-Denis, en pleine expansion avec la conversion d’anciennes friches industrielles en bureaux et avec les installations pour les Jeux-Olympiques de 2024, n’est pas mieux lotie.  

 

La réalisation du Grand Paris Express : des défis à la taille du projet

 

Après une évolution significative des travaux de génie civil depuis 2016 et l’industrialisation du projet en 2019, le « chantier du siècle » poursuit sa montée en puissance : 15 tunneliers en cours de creusement ou de montage[2], 6 500 salariés sur les 150 chantiers déjà lancés et bientôt la soudure des premiers rails sur la ligne 15 sud. Cette étape n’est pas anecdotique. Elle marque l’entrée du GPE dans une phase de travail d’aménagement des gares qui ne se cantonne plus uniquement à des travaux souterrains. Pour suivre cette même dynamique dans les années à venir, la SGP doit relever 3 défis principaux.

 

  • La maîtrise des coûts 

Initialement estimée à 19 milliards d’euros, l’enveloppe du projet dépasserait aujourd’hui les 35 milliards d’euros d’après la Cour des Comptes, auteur d’un rapport sur le sujet en 2018[3]. Avec la crise économique engendrée par le Covid, il n’est pas exclu que le financement de la SGP, qui s’appuie notamment sur des ressources affectées par l’Etat[4], soit de nouveau impacté. Selon Thierry Dallard, Président du Directoire de la SGP, il n’est pour l’heure, pas possible d’en évaluer l’impact sur les coûts du projet. Pour autant, nécessité de relance économique oblige, la SGP prévoit des investissements à la hausse pour 2021, atteignant environ 4,7 milliards d’euros, soit 700 millions de plus que l’année en cours. Ces dépenses sont encadrées et contrôlées par une cellule spécifiquement créée à cet effet en 2016 : la Direction des Risques, de l’Audit et du Contrôle Interne. Comme son nom l’indique, elle a pour mission de piloter les démarches de conformité (mise en œuvre de mesure anti-corruption notamment) et d’évaluateur la performance de l’organisation.

Pour Frédéric Brédillot, membre du Directoire de la SGP, « le premier facteur de maîtrise des coûts réside dans le dimensionnement suffisant des équipes ». C’est pourquoi la structure du projet a été revisitée et un chantier RH a été lancé début 2020. En juin, ce sont déjà 150 nouvelles personnes qui ont été recrutées. Forte de 200 collaborateurs en 2018, la SGP emploiera près de 1 000 personnes en 2021 pour accompagner la montée en puissance du projet et de son pilotage.

 

  • Le respect des délais 

Deux principales échéances ont été fixées par le gouvernement à la SGP dès 2018. La première : 2024, pour permettre le bon déroulement des Jeux Olympiques. La seconde : 2030, pour finaliser les travaux du GPE. Du fait de l’arrêt des chantiers pendant plusieurs semaines, le Secrétaire d’État aux Transports a d’ores et déjà précisé courant juin 2020 que les lignes 16 et 17, permettant l’accès aux installations des JO, ne seront pas prêtes à temps[5]. Par ailleurs, la SGP doit gérer les relations avec ses fournisseurs, dont l’activité a aussi été à l’arrêt pendant plusieurs semaines. Elle doit maintenant s’assurer de respecter au maximum les délais impartis, et ce malgré la crise Covid. C’est aussi pour répondre à ce besoin que les équipes sont et vont être renforcées.

Les activités maintenues pendant le confinement ont, quant à elles, obtenu des résultats prometteurs pour l’avancée du projet : des marchés de près de 1,1 milliard d’euros ont été passés permettant l’attribution de lots de génie civil et de construction de bâtiments, plusieurs appels d’offres ont été lancés et les études pouvant être réalisées en télétravail se sont poursuivies. [6]

Côté travaux, la SGP se donne les moyens de repartir à grande vitesse : ce seront une vingtaine et non plus une quinzaine de tunneliers qui avanceront dans les souterrains franciliens au cours de l’année prochaine. Les échanges entre la SGP, ses partenaires et les collectivités, prennent par ailleurs une nouvelle dimension : celle de la conception des futurs pôles d’activité et de mobilité autour des gares des lignes 14 sud et 15 sud qui verront le jour à l’horizon 2024-2025.

 

  • L’adhésion des parties prenantes

Traversant plus de 150 communes, le GPE soulève des questions d’aménagement du territoire – construction de nouveaux quartiers, création d’emplois, prix de l’immobilier… -, qui ont un impact direct sur le quotidien des riverains et futurs utilisateurs et modifient les équilibres politiques locaux. L’adhésion des parties prenantes constitue donc une pièce motrice de la réussite du projet. Concrètement, cela se traduit par la présence d’élus au Conseil de Surveillance de la SGP ou encore par l’organisation de débats publics depuis les prémices du projet pour susciter l’adhésion collective, dans la quête du meilleur compromis. La SGP l’a bien compris, faisant appel à des experts – urbanistes, géologues, ingénieurs, économistes…– sur les aspects techniques et sollicitant partenaires, élus locaux et citoyens sur leurs visions et interrogations.

 

Politiques Elus locaux Elus parlementaires Services de l’Etat Ministères Partenaires Acteurs des transports ferroviaires (SNCF, RATP) Ile-de-France Mobilités, ADP Experts Monde économique : CCI, FRTP… Sphère académique : Chercheurs, experts, universités Société civile Citoyens et futurs voyageurs ONG, Think Tank, Fondations Un dialogue permanent avec les élus pour recueillir leurs avis et les informer du projet Une gouvernance de la SGP représentative des parties prenantes : Présence de représentants des territoires d’Ile-de-France au Conseil de surveillance de la SGP Comité stratégique réunissant élus et acteurs économiques franciliens Conseil d’évaluation pour apprécier aspects économiques, urbains, territoriaux et sociologiques Des échanges avec les citoyens : Des enquêtes d’utilité publique Une concertation citoyenne Des réunions publiques pour échanger avec les habitants, commerçants, entrepreneurs, pour les informer sur l’évolution des travaux et l’impact sur leur quotidien

 

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Des défis de taille, un calendrier resserré, une multitude de personnes consultées… C’est bien là le quotidien de la SGP depuis 2010. 2021 promet une phase d’accélération du projet du GPE. Lui permettra-t-elle de devenir, en temps et en heure, la « clé de voûte de la mutation urbaine de la métropole parisienne »[7] promise par son patron Thierry Dallard ?

 

 

[1] La SGP est un établissement public à caractère industriel et commercial créée par la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris

[2] https://www.societedugrandparis.fr/gpe/actualite/une-carte-pour-suivre-la-progression-des-tunneliers-2777

[3] https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/23/le-parquet-national-financier-ouvre-une-enquete-sur-le-grand-paris-express_5413577_3224.html

[4] https://www.societedugrandparis.fr/gpe/financement-192

[5] https://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/metro-du-grand-paris-les-lignes-16-et-17-ne-seront-pas-pretes-pour-2024-22-06-2020-8339934.php

[6] https://www.societedugrandparis.fr/info/actualite/la-societe-du-grand-paris-attribue-le-premier-marche-de-genie-civil-de-la-ligne-18

[7] https://www.societedugrandparis.fr/gpe/actualite/thierry-dallard-nous-nous-preparons-la-reprise-progressive-des-chantiers-2912?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=Newsletter%20avril%202020