SMILE, et si la décentralisation énergétique était en marche ?

Article du 27 octobre 2017

La décentralisation des politiques énergétiques constitue une étape majeure pour la transition énergétique : comme nous l’indiquions en mai dernier, elle donne aux collectivités un rôle de chef de file dans cette transition, en leur permettant d’initier des projets énergétiques à la maille de leurs territoires.

Parmi ces projets, le projet SMILE vise à mettre en place et coordonner un ensemble d’initiatives liées au Smart Grid au sein du territoire breton-ligérien correspondant aux départements Ille-et-Vilaine, Morbihan, Loire-Atlantique et Vendée.

 

Le projet SMILE, la vitrine française des systèmes énergétiques décentralisés

Le projet SMILE est piloté par les régions Bretagne et Pays de la Loire, au travers de leurs agences de développement économique. Ses objectifs sont les suivants :

  • Densifier les projets autour de la gestion de l’énergie ;
  • Répondre au besoin de transition énergétique et de réduction de l’impact carbone ;
  • Créer de l’emploi localisé sur le territoire et en France ;
  • Etre la vitrine du savoir-faire français.

Nous avons ainsi souhaité interviewer Françoise Restif – en charge de coordonner et d’animer l’ensemble des acteurs et d’aider à l’émergence, la structuration et l’accompagnement des projets au sein de Bretagne Développement Innovation – afin de comprendre les enjeux de ce projet d’envergure ainsi que les freins et les leviers pour multiplier ces initiatives locales sur l’ensemble du territoire français.

Contexte et points de repère

Quels sont les éléments déclencheurs du projet ?

Depuis le pacte électrique Breton de 2010, la Région Bretagne a commencé à s’intéresser aux smart grids et a lancé une dynamique pour « mettre de l’intelligence dans l’énergie ». La région a recensé les entreprises qui travaillent sur le sujet pour répondre à un AMI de l’ADEME. A partir de cette cartographie des compétences, une étude sur le développement des smart grids en Bretagne, des recommandations et une feuille de route ont été réalisées en co-pilotage région/BDI (Bretagne Développement Innovation) en 2014.

Pour répondre à l’appel à projet lancé par le gouvernement en 2015, la Bretagne s’est rapprochée des Pays de la Loire dont les expérimentations sont complémentaires : pilotage de la production versus maîtrise de la consommation.

Quelles sont les grandes phases du projet ?

L’annonce des lauréats de l’appel à projet a eu lieu en mars 2016, puis s’en est suivie une phase de structuration de la gouvernance qui a abouti à la création de l’association fin 2016/début 2017.

De début 2017 à mi-2018 se déroule une phase d’aide à l’émergence des projets portés par des industriels et/ou des territoires. Chaque projet a ensuite son propre planning, la rapidité d’émergence des projets dépend du type (numérique ou nécessitant une infrastructure lourde) et du porteur du projet (entreprise ou territoire).

Le nombre de projet va croître sur l’année 2018, l’objectif est d’avoir l’ensemble des projets opérationnels à fin 2018 afin de pouvoir bénéficier de leurs retours d’expériences sur les années 2019 et 2020.

Quelles sont les parties prenantes ?

Le conseil d’administration de l’association regroupe les collectivités et représentants d’entreprises. L’équipe projet accompagne les porteurs de projet sur les différentes problématiques qu’ils peuvent rencontrer en fonction de leur maturité et peut les aider à :

  • Identifier un partenaire complémentaire ;
  • Trouver un territoire de déploiement ;
  • Fournir une analyse du modèle économique, technique, scientifique.

SMILE se positionne donc en tant que facilitateur et accélérateur de projets. Quatre groupes d’experts ont été mis en place :

  • Scientifique et technique piloté par les pôles de compétitivité Smart electricity cluster (S2E2) et Images & Réseaux et dont l’objectif est d’appuyer les projets sur des expertises techniques et scientifiques ;
  • Territoires et citoyens,qui a pour objectif d’identifier les territoires de déploiement pour les projets proposés par les consortiums d’entreprises et de formuler des recommandations sur l’implication des usagers et des citoyens ;
  • Financier qui regroupe des acteurs privés du financement et travaille sur les modèles économiques des projets lorsque ceux-ci ne sont pas aboutis ;
  • Filière et rayonnementdont l’objectif est d’accompagner à la valorisation des projets.

SMILE veille à garder une cohérence d’ensemble sur le territoire : avoir un portefeuille de projets logique et couvrir l’ensemble des thématiques. Il est toutefois possible d’avoir plusieurs consortiums d’entreprises sur le même sujet afin d’expérimenter plusieurs solutions. Cela permet d’identifier les intérêts de chaque solution dans l’objectif d’être la vitrine du savoir-faire français.

Quels en sont les indicateurs de réussite ?

Sur chacun des 50 projets qui sont ou vont être lancés dans le cadre de SMILE, des indicateurs de suivi et de réussite seront mis en place. L’appropriation des questions énergétiques par les territoires et les citoyens est l’un des principaux indicateurs qui déterminera la réussite du projet. A partir de cette appropriation, de nouveaux dispositifs, projets, services, et produits se mettront en place.

Les indicateurs énergétiques et économiques permettront de montrer les modèles économiques viables et identifier les projets généralisables et ceux propres à chaque territoire.

Retour d’expérience : quels freins et leviers pour les projets énergétiques décentralisés ?

Quelles difficultés avez-vous rencontré au cours du projet ?

Il n’y a pas eu de difficulté majeure rencontrée lors de la phase de candidature malgré le temps limité de réponse.

Dans la mise en œuvre, des difficultés sont rencontrées sur le temps accordé au projet SMILE puisque ce dernier vient s’ajouter aux missions déjà portées par les structures partenaires. Les activités d’animations et d’échanges entre les partenaires ont été sous-estimées.

Quels ont été de votre point de vue les facteurs clés de succès du lancement du projet ?

En Bretagne, la région travaille sur les enjeux énergétiques depuis longtemps avec les EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunal) ce qui permet de s’adapter aux spécificités du territoire et aux acteurs.

Un bon équilibre entre les entreprises et les pouvoirs publics permet d’associer une vision globale des enjeux de la transition énergétique et la vision marché et plus opérationnelle des solutions à mettre en œuvre. Les acteurs privés permettent de cadencer les projets notamment dans les processus de validation.

La décentralisation du système énergétique français

Quel est pour vous le principal levier pour la décentralisation du système énergétique ?

Le principal levier pour mettre en place la décentralisation énergétique est l’implication des territoires et des entreprises sur les projets. Avec la décentralisation des pouvoirs sur les sujets énergétiques, les régions sont à même de lancer les projets sur leurs patrimoines et faire appel à des entreprises pour appuyer au financement et à l’expertise technique.

Les territoires peuvent s’appuyer sur les compétences de leurs partenaires tels que les gestionnaires de réseaux, les SDE, les agences locales de l’énergie. Ils doivent aussi renforcer leurs compétences notamment sur la partie gouvernance, émergence, structuration des projets. Il est important que le territoire tisse des liens entre les entreprises de services publics, les grands groupes et les plus jeunes entreprises afin de créer un nouveau tissu économique.

Pour que les territoires lancent ce type d’initiatives, ils doivent être sensibilisés et informés sur les gains économiques et écologiques potentiels et les réussites des projets existants. Les citoyens peuvent aussi jouer un rôle en montrant leur appétence pour des nouveaux services énergétiques.

Les entreprises trouvent leur intérêt dans l’acquisition d’un retour d’expérience rapide qui leur permettra ensuite de déployer leur solution au niveau national, voire international.

Avec l’expérience du projet SMILE, comment voyez-vous l’évolution du système énergétique en France ?

Le système sera de plus en plus décentralisé dans le sens où il y aura de plus en plus de production décentralisée, de flexibilité locale, et les liens production/consommation seront au plus juste sur un territoire.

Cependant, le système énergétique français ne pourra être totalement décentralisé avec des zones qui s’affranchissent du réseau public. Un acteur devra assurer un équilibrage global du réseau et de la péréquation tarifaire.

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