La navette sans chauffeur : l’avenir de la mobilité urbaine ?

Article du 7 février 2019

Le paysage urbain et interurbain accueille depuis quelques années un nouveau mode de locomotion sans chauffeur. Ces véhicules singuliers ont fait l’objet de plusieurs tests dans l’hexagone. Parmi les exemples les plus récents, l’expérimentation qui a été lancée à Versailles sur le plateau de Satory où des navettes autonomes ont été déployées pour améliorer la déserte entre les arrêts de bus et les locaux des entreprises. Ce nouveau service 100% autonome[1] permettrait ainsi de compléter l’offre de transport public en facilitant les déplacements du dernier kilomètre.

A date, cette technologie n’a été testée que sur certaines zones. Va-t-on assister à sa généralisation dans les prochaines années ? Quel en serait alors l’impact sur la mobilité urbaine ?

L’autonomie au service des usagers

Dans la course à l’innovation technologique en matière d’intelligence artificielle, la mobilité urbaine presse le pas. Les prototypes et expérimentations s’accélèrent dans le monde tout mode de transport confondu. Mais sous ses airs de révolution technologique, l’automatisation dans les transports en commun n’est pas tout à fait une nouveauté. Si l’on se rapporte à la classification des niveaux d’automatisation des véhicules de la SAE[2] (Society of Automotive Engineers), une majorité des trains aujourd’hui roulent déjà avec une automatisation de niveau 1 ou 2[3].

Ce qui distingue cependant les navettes autonomes des autres modes de transport automatiques c’est, d’une part, leur degré d’automatisation et, d’autre part, leur positionnement dans l’offre de transport public.

Envisagées comme solution du dernier kilomètre, les navettes autonomes ont en effet pour mission de compléter l’offre de transport public dans des zones peu desservies. L’opérateur de mobilité français Transdev décrit ainsi cette offre en quatre principaux cas d’usage[4] :

Des premiers tests prometteurs

Plusieurs expérimentations ont déjà eu lieu dans l’hexagone. Des navettes 100% électriques ont parcouru des trajets de 1 à 2,8 kilomètres avec une capacité maximum d’accueil de 15 passagers. Que ce soit sur des circuits fermés ou mixtes, avec ou sans présence d’un agent à bord, les bilans de ces tests sont plutôt positifs. Ainsi, une enquête de satisfaction menée par Transdev sur 1 000 passagers ayant emprunté une navette autonome présente une note de satisfaction globale de 8,7 sur 10 avec 97% de sentiment de confiance[1].

Un cadre facilitateur mais des contraintes qui persistent

Cet engouement partagé entre les opérateurs de transport et les usagers laisse penser que le projet n’aura aucun mal à s’implanter dans le catalogue d’offres de transport public. C’est en tout cas l’espoir qui est porté par le projet de loi d’orientation des mobilités qui prévoit un déploiement de navettes autonomes dès 2020. Ce projet de loi ouvre ainsi un cadre législatif, réglementaire et technique favorable à la généralisation de cette offre dans l’hexagone.

Mais si le cadre légal est au rendez-vous, plusieurs défis devront être relevés afin d’assurer la réussite du projet. Les problématiques de sécurité individuelle et collective sont notamment au cœur des inquiétudes. Les navettes autonomes devront s’assurer de la fiabilité et la robustesse de leurs systèmes de sécurité routière et de supervision afin de lever cette inquiétude.

La sécurité est ainsi au cœur des problématiques d’acceptabilité de tout projet de circulation de véhicules autonomes, facteur déterminant tant vis-à-vis des usagers empruntant ce nouveau mode de transport que des autres usagers qui empruntent les voies publiques. Or, l’acceptabilité constitue aujourd’hui en France un préalable indispensable à la réussite de tout projet, en particulier lorsqu’il touche de près les citoyens. Ce postulat est d’autant plus vrai que la mobilité est un des facteurs déterminants de la stabilité socio-économique d’un territoire. La transformation de nos modes de transport vers plus d’autonomisation est donc encore loin d’être automatique.

L’impact sur l’écosystème de la mobilité urbaine

Une étude du FIT (Forum International des Transports) sur l’impact des voitures partagées autonomes estime pourtant que 9 véhicules individuels sur 10 pourraient être remplacés par des véhicules autonomes partagés, grâce à une généralisation de ce mode de transport et une transformation radicale de l’écosystème de mobilité urbaine. Bien que cette étude inclut dans le dispositif de mobilité une offre plus globale et diversifiée qui s’étend au-delà de la navette autonome telle qu’elle est envisagée aujourd’hui en France, elle soulève néanmoins la question de l’impact des transports en commun autonomes sur la transformation des usages et sur le système de mobilité urbaine dans son ensemble. A quoi pourrait donc ressembler la mobilité urbaine de demain à l’aune du déploiement généralisé des navettes autonomes ? 

Le premier impact d’un développement accéléré des navettes autonomes est positif et écologique. Qui dit réduction de l’usage du véhicule individuel dit en effet réduction des émissions de polluant dans l’air. Ce postulat est d’autant plus vrai en France, pays qui compte le plus grand parc de véhicules polluants[5] et où le tiers des émissions de dioxyde de carbone sont dues au secteur du transport routier[6]. Le déploiement généralisé des navettes autonomes permettrait ainsi d’amorcer une transition écologique majeure dans le secteur des transports routiers car en plus d’être autonomes ces navettes sont aussi électriques. D’après l’étude réalisée par le FIT[7], ce changement d’usage accompagné par la fluidification des espaces routiers devrait permettre une réduction d’un tiers des émissions de gaz polluant.

« Une utilisation plus efficiente de la capacité de transport est bénéfique pour l’environnement, sans compter qu’elle améliore l’équité et l’inclusivité dans la société en offrant à tous un large accès aux diverses opportunités », explique le Secrétaire général du Forum International des Transports, M. José Viegas

L’avantage écologique d’un déploiement de modes de mobilité partagée et soucieux de l’environnement est donc bien prouvé. Le dispositif de navettes autonome permettrait ainsi aux usagers de bénéficier d’une offre de transport public peu polluante et complémentaire aux offres traditionnelles de transport public telle que le train ou le bus.

Mais pour ce faire, une transformation de l’infrastructure routière et de l’urbanisme dans son ensemble sera nécessaire. C’est là le 2e impact d’un développement à grande échelle de la mobilité partagée autonome. Le défi de la gestion des flottes des navettes devra être relevé tout comme l’adaptation du réseau électrique pour permettre le chargement de ces navettes. Le remplacement des véhicules individuels amènera aussi la transformation de certains espaces publics qui deviendront de plus en plus obsolètes. Les parkings à titre d’exemple pourront être remplacés par de nouveaux espaces publics.

Vers une mobilité productive et des trajets plus longs

La réorganisation de l’espace urbain sera par ailleurs accentuée par un élargissement des villes avec l’allongement des déplacements. En effet, la réduction des déplacements en voiture individuelle au profit des déplacements en navette autonome permettrait aux usagers de remplacer leurs trajets au volant en temps productifs. Les français passent aujourd’hui en moyenne 1h26 par jour dans les transports[8]. Ce temps pourrait devenir plus utile pour les usagers et rendre ainsi plus acceptable l’éloignement des zones urbaines où se concentrent les emplois. Si ce phénomène n’est pas maitrisé, cela pourrait même accroître la densité du trafic routier en zone périurbaine.

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Malgré les nombreux défis qu’il lui reste à relever, la navette autonome ne devrait pas avoir de mal à s’intégrer à l’arsenal de l’offre de transport public. Le cadre juridique lui est favorable tout comme, pour le moment, l’avis des usagers.

Quant à son impact sur la mobilité urbaine, il dépendra essentiellement de son usage et du degré d’investissement des collectivités dans la transformation de leur écosystème. La question se pose d’ailleurs aussi plus largement pour les véhicules autonomes individuels.

Il serait cependant prématuré d’envisager un déploiement massif de modes de transports autonomes et partagés à l’échelle du territoire, comme a pu le faire de manière prospective la FIT. Aujourd’hui, les projets n’en sont qu’à leurs prémices. Il nous faudra donc encore patienter avant de voir apparaître un modèle complet de mobilité partagée et écologique au service des usagers.

 

 

[1] Retrouvez notre article sur les véhicules autonomes : http://atlante.fr/blog/vehicule-autonome-en-route-vers-demain/

[2] SAE International est une association mondiale qui regroupe plus de 128 000 ingénieurs et experts techniques associés de l’industrie aérospatiale, automobile et des véhicules commerciaux. https://www.sae.org/

[3] Niveau 1 : Assistance à la conduite (les fonctions de direction ou d’accélération sont déléguées sous réserve de présence d’un conducteur). Niveau 2 : Automatisation partielle (les fonctions de direction et d’accélération sont déléguées sous réserve de présence d’un conducteur). Source : https://www.sae.org/misc/pdfs/automated_driving.pdf

[4] Retrouvez la rubrique mobilité autonome de Transdev : https://www.transdev.com/fr/innovations/mobilite-autonome-partagee/

[5] La France compte 8 741 000 véhicules diesels, véhicules rejetant des niveaux d’oxydes d’azote (NOx) largement supérieurs aux normes autorisées, selon une étude publiée par l’ONG Transport & Environnement en 2018. Source : https://www.transportenvironment.org/sites/te/files/publications/2018_09_TE_Dieselgate_report_final.pdf

[6] Donnée de 2016 selon une étude de l’agence internationale de l’énergie IEA (International Energy Agency). Source : https://webstore.iea.org/download/direct/2373?fileName=CO2_Emissions_from_Fuel_Combustion_2018_Highlights.pdf

[7] Source : https://www.itf-oecd.org/content/urban-mobility-system-upgrade

[8] Temps moyen quotidien des Français dans les transports tous modes confondus (du lundi au vendredi). Source : étude IPSOS-Boston Consulting Group sur la mobilité des français, avril 2017 reprise par « Bougeons Demain » une publication produite par Missions Publiques. https://www.debatcitoyen.fr/wp-content/uploads/2018/01/gpseo_bag2.pdf