Conjuguer économie et protection de la « Terre-Mère », la difficile équation bolivienne

Article du 1 novembre 2019

Un développement économique et social dépendant des industries extractives

 

La Bolivie, un eldorado pour la biodiversité. Des hauts plateaux andins, aux forêts luxuriantes de l’Amazonie, en passant par le désert de sel d’Uyuni, l’environnement bolivien présente l’une des plus grandes diversités du continent américain, et même du monde. Ces richesses naturelles, en l’absence de contrepartie financière immédiate sont fragiles face aux intérêts économiques et industriels. Depuis des siècles, les hommes exploitent la richesse des sous-sols de la Bolivie. Déjà les Incas, puis les Espagnols, en extrayait l’or et l’argent pour alimenter leurs empires. Aujourd’hui encore, presque 40% du PIB de la Bolivie est issu de l’industrie extractive et constitue avec le soja la grande majorité des exportations. Outre le lithium, l’or blanc dont elle détient 40% des réserves mondiales, la Bolivie est le 4ème producteur mondial d’étain et le 9ème d’argent. Le pays extrait également du cuivre, de l’or, du tungstène, du zinc, du fer mais aussi du pétrole et du gaz. Sur les 14 dernières années, la Bolivie a eu un développement économique impressionnant, tiré par l’exploitation de ces ressources. Entre 2006 et 2019, le PIB s'est accru de 9 milliards, le PIB par habitant a triplé, et l’extrême pauvreté a chuté de 38 % à 15 %. Malgré son retard de développement, la Bolivie se place désormais en tête des pays d’Amérique du Sud avec le taux de croissance le plus élevé et le taux de chômage le plus faible.

 

La Bolivie, un eldorado pour la biodiversité. Des hauts plateaux andins, aux forêts luxuriantes de l’Amazonie, en passant par le désert de sel d’Uyuni, l’environnement bolivien présente l’une des plus grandes diversités du continent américain, et même du monde.

Ces richesses naturelles, en l’absence de contrepartie financière immédiate sont fragiles face aux intérêts économiques et industriels. Depuis des siècles, les hommes exploitent la richesse des sous-sols de la Bolivie. Déjà les Incas, puis les Espagnols, en extrayaient l’or et l’argent pour alimenter leurs empires. Aujourd’hui encore, presque 40% du PIB de la Bolivie est issu de l’industrie extractive et constitue, avec le soja, la grande majorité des exportations. Outre le lithium, l’or blanc dont elle détient 40% des réserves mondiales, la Bolivie est le 4ème producteur mondial d’étain et le 9ème d’argent. Le pays extrait également du cuivre, de l’or, du tungstène, du zinc, du fer mais aussi du pétrole et du gaz.

Sur les 14 dernières années, la Bolivie a eu un développement économique impressionnant, tiré par l’exploitation de ces ressources. Entre 2006 et 2019, le PIB s’est accru de 9 milliards, le PIB par habitant a triplé, et l’extrême pauvreté a chuté de 38 % à 15 %. Malgré son retard de développement, la Bolivie se place désormais en tête des pays d’Amérique du Sud avec le taux de croissance le plus élevé et le taux de chômage le plus faible.

Mais l’industrie extractive est l’une des activités humaines les plus polluantes : outre son impact sur les réserves d’eau, elle disperse dans l’environnement de grandes quantités de métaux lourds, connus pour leur toxicité. La pauvreté et la forte dépendance économique à l’industrie extractive conduisent trop souvent à en négliger les impacts écologiques et sanitaires. Sur l’Altiplano et dans la vallée, un autre problème s’ajoute : l’utilisation d’engrais et la surexploitation des maigres ressources ont conduit à un déficit en matière agricole.

Avec l’essor de l’économie et les attentes croissantes d’une population qui sort de la marginalisation, le pays est face à une équation difficile : satisfaire la demande de progrès et mettre en œuvre une exploitation durable de ses ressources naturelles. Durement touchée par le changement climatique, la Bolivie est confrontée aux plus grands défis écologiques qu’elle n’ait jamais eu à résoudre.

Nous sommes allés rencontrer Rodrigo Meruvia Soria, coordinateur général de la fondation Gaia Pacha qui propose « des alternatives aux problèmes où les actions humaines modifient la dynamique harmonieuse de l’environnement ».

 Production, énergie primaire 22Mtep, gaz et pétrole, importation nette énergie -13Mtep, Emissions CO2 : 18Millions de tonnes -- consommation : énergie finale 9Mtep, électricité par an : 0,76MWH/habitant, 93% de la population a accès à l'électricité, 83% de croissance de croissance de demande en énergie entre 2000 et 2016 (source : IAE)

 

Des problèmes environnementaux et de santé publique majeurs

Sur le papier, le cadre législatif bolivien est avant-gardiste en terme de protection de l’environnement avec notamment la ratification en 2010 de la « Loi de la Terre Mère » (La Ley de Derechos de la Madre Tierra) qui accorde des droits à la nature comme pour l’Homme. Cette loi s’inspire directement des croyances et des traditions populaires andines, en particulier celle de la « Pachamama ».

La réalité est tout autre. Si un projet industriel va à l’encontre d’une loi environnementale, alors cette dernière est généralement contournée. Par ailleurs, le gouvernement priorise les nouvelles lois : il y a 7 ans, il projetait de mettre à jour la loi sur l’eau datant de 1906 mais le développement économique prévalant, c’est une loi pour l’industrie minière qui a vu le jour et la mise à jour de la législation sur l’eau a été abandonnée car incompatible avec cette dernière.

Les régions minières ne sont pas les seules concernées par les problèmes environnementaux en Bolivie. L’agriculture intensive, la déforestation et l’urbanisation désordonnée accélèrent les impacts du changement climatique, en modifiant les cycles hydriques et en polluant l’eau, l’air et le sol. Malgré l’utilisation toujours plus importante de produits phytosanitaires, les récoltes se font de moins en moins bonnes.

Les problèmes environnementaux sont souvent sous-estimés par la plupart des acteurs. Du fait de l’absence de politiques d’aménagement du territoire, du manque de contrôle des rejets industriels et du peu de communication sur les dangers, les habitants côtoient souvent les déchets et sont encore peu conscients des risques sanitaires encourus.

 

Une population éclairée pour un territoire protégé

En Bolivie, il est très difficile pour les ONG d’encourager ou de participer à l’élaboration de nouvelles législations car le gouvernement bolivien travaille de manière très autonome avec peu de débat public et de consultation d’acteurs externes. Il est également compliqué de faire appliquer la législation existante, car cela nécessite des ressources trop importantes pour les associations boliviennes.

La fondation Gaia Pacha focalise donc son action sur la formation et la sensibilisation de la population aux problématiques environnementales afin de lui donner les moyens d’agir et d’exiger du pouvoir en place des actions en faveur de l’environnement. Dans ce cadre, la fondation a lancé en 2015 le programme « jeunesse consciente » destiné aux Boliviens de 18 à 30 ans, considérés comme les agents du changement. Gaia Pacha accompagne ces étudiants dans la gestion de projets pour la protection de l’environnement : missions de sensibilisation dans les écoles, mise en place de pistes cyclables connectant plusieurs campus universitaires de la ville de Cochabamba… Depuis 5 ans, 450 jeunes à travers tout le pays ont participé à ce programme.

En parallèle, la fondation organise activités et formations en marge d’évènements mondiaux tels que la journée de mobilisation mondiale pour le climat ou la prochaine COP25.

Avec comme armes la communication et la formation, Gaia Pacha essaie d’instaurer une culture de la protection de l’environnement telle que la Loi de la Terre Mère le décrit.

 

Un équilibre à trouver rapidement

Malgré plus de 500 ans d’exploitation intensive, la Bolivie n’aurait exploité seulement que 10% de ses ressources minières. Avec l’utilisation croissante des véhicules électriques, des smartphones et des ordinateurs, le prix de la tonne de lithium explose.  Grâce à un sous-sol qui détient 40% des réserves mondiales de cet or blanc, l’avenir économique des Boliviens semble assuré pour des décennies. Mais à quel prix ? Aussi efficace que les formations et les sensibilisations menées par l’équipe de la fondation Gaia Pacha, la nature, par les événements climatiques extrêmes de moins en moins exceptionnels, se charge également d’informer la population de la dégradation de l’environnement. Les incendies de cet été en Amazonie, dont une grande partie ont eu lieu en Bolivie, ont eu l’avantage de mettre le thème de l’écologie sur la table de la campagne présidentielle de 2019. La majorité des candidats ont ainsi ajouté des considérations environnementales à leurs programmes qui n’en présentaient initialement pas. Après la réélection compliquée d’Evo Morales, seul l’avenir nous dira si ces propositions prendront de l’ampleur et seront respectées.

 

Atlante tour du monde