Comment donner accès à l’électricité à 33 millions de birmans ?

Article du 10 avril 2019

L’énergie au Myanmar en quelques chiffres clés

 

Avec un potentiel hydroélectrique estimé à 100 GW, d’importantes réserves pétrolières et gazières, et un des plus forts potentiels solaires d’Asie du sud-est, le Myanmar ne manque pas de ressources énergétiques.

Néanmoins, mise à part l’exploitation du gaz naturel, dont les exportations ont été pendant de nombreuses années le principal moteur de la croissance, la majorité de ces abondantes ressources demeure inexploitée. Ainsi, le Myanmar reste à ce jour l’un des pays les plus pauvres au monde et se distingue par un accès à l’énergie très limité pour la population avec un taux d’électrification de 37%.

Après plusieurs décennies de dictature militaire, la transition démocratique entamée avec la proclamation de la république en 2011, a permis un retour des investissements étrangers et a impulsé l’élaboration d’une stratégie de développement énergétique. Le gouvernement birman affiche des objectifs ambitieux de doublement de ses capacités électriques d’ici 2022 et d’atteinte d’un taux d’électrification de 100% de la population d’ici 2030. L’accès à l’électricité est rendu possible à la fois grâce à l’extension du réseau et grâce à la mise en place de solutions off-grid dans les zones reculées.

 

 

Dans ce contexte, nous avons recueilli le témoignage d’Aye Aye Nyo, responsable du projet REACH au sein du GERES[1] visant à développer l’accès à une énergie durable dans des villages isolés du centre du Myanmar.

Donner accès à l’énergie aux communautés rurales

Le GERES a lancé le projet REACH (Rural Energy Access for Communities & Households) en 2018. Il œuvre pour la création d’une filière de distribution de Solutions Énergétiques Durables (SED) dans les villages reculés en favorisant l’émergence de producteurs, détaillants et distributeurs locaux sur ces zones. Grâce à son retour d’expérience de plus de 20 ans au Cambodge (Cf article sur le Cambodge) sur la création du filière production et distribution de foyers de cuisson améliorés, le GERES a pu rapidement mettre en circulation cette technologie au Myanmar. Le projet REACH souhaite élargir la gamme de produits disponibles à des kits solaires et des lampes, dans ce pays où seuls 37% de la population est raccordée au réseau national d’électricité.

A mi 2021, le GERES souhaite avoir établi un réseau d’au moins 10 entrepreneurs permettant le fonctionnement de la chaine de distribution de SED et avoir équipé 10 000 ménages.

 

Lors de notre visite en mars 2019, la première étape de collecte des données terrains venait d’être terminée. Grâce à ces informations, 8 villages pilotes ont été sélectionnés sur la base de critères variés. Les plus grands villages isolés sans accès à l’électricité et utilisant des modes de cuisson traditionnels ont été préférés.

Le projet identifie désormais les potentiels entrepreneurs, maillon essentiel de la chaine de distribution des SED aux villages les plus reculés.

La volonté du GERES étant de construire une filière pérenne, le projet sélectionne ces entrepreneurs sur la base d’une bonne connaissance des villages environnants, de capacités relationnelles et d’une expérience dans l’une ou l’autre des technologies distribuées. Par ailleurs, au Myanmar où seules 50% des femmes sont actives (contre 85% des hommes), ce projet souhaite mettre l’accent sur l’entreprenariat féminin.

Une fois sélectionnés, les entrepreneurs bénéficieront de formations de la part de GERES et de ses partenaires sur les kits solaires et les foyers de cuisson améliorés, sur le business développement et sur les possibilités de micro-crédit dont les villageois pourront bénéficier pour l’achat de ces solutions.

 

REACH est cofinancé par l’Agence Française de Développement (AFD) et l’Union Européenne pour un budget total de 602 k€. A l’issu du projet, le portage du retour d’expérience auprès des décideurs politiques et des institutions de développement pourra permettre d’élargir la zone d’action.

Le GERES n’opère pas seul

D’autres acteurs contribuent à l’électrification du Myanmar :

  • Le gouvernement, soutenu financièrement par la banque mondiale à hauteur de 400 millions de dollars, déploie des solutions off-grid à travers le pays. Son plan d’électrification national prévoit notamment d’équiper 500 000 foyers de systèmes solaires.
  • Le Programme des Nations Unis pour le Développement (UNDP) travaille avec l’association des énergies renouvelables du Myanmar (REAM) sur un projet de substitution de l’éclairage à la bougie par des systèmes LED dans 30 villages.
  • La coopération allemande finance aussi le développement de deux projets d’électrification hors réseau dans l’état de Shan à l’Est du Myanmar.
  • Des entreprises privées souhaitent également contribuer au développement du solaire off-grid. Myanmar Eco Solutions a par exemple mis en œuvre un système d’irrigation des rizières alimenté par des panneaux solaires photovoltaïques dans une région agricole reculée du pays.

Grâce majoritairement à des aides internationales, le Myanmar développe petit à petit l’accès à l’énergie. Les incertitudes sur le cadre réglementaire et financier rend cependant les investisseurs frileux sur des projets plus ambitieux d’accroissement des capacités de production et de distribution. Un grand débat public est en cours et permettra surement de définir une stratégie énergétique plus claire favorisant l’atteinte des objectifs ambitieux du pays.

[1] Groupe Énergies Renouvelables Environnement et Solidarités